Au royaume des cordes: comprendre le Shibari (vf)

Slash! On entend le bruit d’une corde tendue sur un corps nu. La corde n’est pas sèche; elle ne fait pas mal. Les noeuds autour de la poitrines et des jambes mettent l’encordé dans un état de trans. Comme un état de survie dans lequel chaque respiration est sentie. Presque méditatif. Puis, si l’encadreur le souhaite, vient la suspension. Accroché à un crochet, les cordes s’enroulent et suspendent le corps. Le corps est mystifié, glorifié tel une oeuvre artistique. Alors, dans ce moment hors du temps, l’art des cordes est à son apogée.

Le Shibari

Le Shibari est une pratique de bondage japonais. Le bondage désigne une pratique (non nécessairement sexuel) de retenir, contenir, maintenir, par l’intermédiaire d’une attache (cordes, menottes, liens) son / sa partenaire.

Si nous remontons à l’origine de cet art japonais (l’art des cordes), le Shibari ou kinbuku avait été crée dans le but d’immobiliser les prisonniers. En effet, au XV ème siècle; le Japon, en proie à une période de conflit intense, voit le nombre d’arrestations augmenter et ce parmi tous les rangs sociaux. Le raffinement des noeuds ainsi que leur précision démontre la codification du Kinbuku en fonction de la personne attachée (de son statut social) et de son méfait. Au même titre que les tatouages de la Mafia Russe, nous pouvions connaitre le forfait de la victime à la vision de ses liens.

L’histoire débute par des pratiques punitives réalisées entre 1400 et 1700, au Japon. Il existe alors un art martial réservé aux samouraïs qui consiste à immobiliser et humilier leurs prisonniers à l’aide de cordes. L’évolution de cette technique donne l’hobaku-jutsu qui s’applique à tous les criminels. Les manières d’encorder diffèrent en fonction du crime et les nœuds en fonction du rang social de la personne punie. Cette pratique est interdite à la fin du XVIIIe siècle, ce qui lui permet de se transformer en discipline érotique : le kinbaku au siècle suivant.

Shibari: de la torture à l’art et l’érotisme du journal « Florilèges »

D’un art marial, le Shibari est devenu une expérience érotique, sensuelle voir sexuelle. Comme dans tout art du bondage, l’encordé recherche le plaisir de la domination, la dopamine liée à la douleur (ou non) qui peut avoir lieu. En effet, plusieurs degrés sont possibles: Doux, pas très doux et hard voir très hard. Il y a cependant toujours échange de pouvoir entre l’encordeur et l’encordé. Cet échange de pouvoir est intrinsèque à la pratique du Shibari puisque l’encordé va accorder sa confiance et donner son pouvoir et capacité de mouvement à l’encordeur durant la séance.

Encordées, entravées ainsi, ces femmes vivent une véritable extase, une véritable béance. Cet abandon de leur corps et de leur psyché à la corde peut être défini par la notion de Sestunai, que nous pourrions traduire par triste, douloureux, suffocant, amoureux, nostalgique, doux amer ; ou par celle de kôkotsu, décrivant à la fois le transport, l’extase et la béatitude. Le corps ainsi exposé, devient corps vivant, dansant, œuvre d’art, renouant avec la création. Ainsi est Shiva, le danseur, selon un texte hindou, « qui comme la chaleur latente du bois à brûler, répand sa force dans l’esprit et la matière et les fait danser à leur tour ».

Ankaoua Fabienne, « Pointes, cordes et kôkotsu », Che Vuoi, 2016/1 (N° 1)

Pratiquer le Shibari

L’on peut s’encorder soi-même devenant à la fois dominateur et dominé (ne faisant qu’un avec soi-même) entre un total abandon et un contrôle parfait. Le Shibari est cependant bien souvent réalisé à 2, 3 (un dominé, un ou deux donatrices/ dominateurs).

La suspension est la pratique la plus médiatique et connue car est impressionnante et esthétiquement très interessante. Cette pratique consiste à suspendre à l’aide d’un crochet la personne encordée. Sublimées par le travail du célèbre photographe Ariki, les suspensions sont devenues à tord et à raison le fantasme shibaresque. Cependant, cette pratique ne reflète qu’une infime partie du Shibari. Tout d’abord, la suspension permet difficilement de faire éclore le sexuel au sein de la domination. La suspension est un jeu qui se veut court, éphémère car le sang de la « victime » monte vite à la tête. Si vous avez 4 heures devant vous, ne privéligiez donc pas le Shibari en suspension mais le Shibari au sol (beaucoup plus confortable). Ce dernier vous permettra d’explorer en détail et sans précipitation les sens de votre partenaire.

Le Shibari est devenu un véritable passe-temps et passion pour beaucoup d’adeptes de par le monde. Au Japon mais également en France et en Allemagne des congrès de Shibari célèbrent l’art de la corde. Au programme, performances, présentations, rencontres avec de véritables maitres japonais spécialisés dans les cordes.

Le Kinbuku est un véritable apprentissage pour l’encordeur et l’encordé. Des cours sont fortement conseillés avant de devenir officiellement adepte de la pratique. Pour le dominateur, l’apprentissage des noeuds ainsi que de l’anatomie sera indispensable afin d’infliger le moins de souffrance possible à son/ sa partenaire. Pour l’encordé, le corps devra s’habituer à cette sensation d’asphyxie, suspendue en l’air et dans le temps rendant le moment présent intense, indispensable, précieux.

A Paris, deux adresses de cours vous seront conseillés:

  • école des cordes à joinville-
  • école des cordes au studio Baretto studio (page facebook @centrebaretto)
  • Shibari School 3 rue de l’est à Paris

Le Shibari dans l’art

photographe Araki
Shibari: de la torture à l’art et l’érotisme du journal « Florilèges »
Konoko Hjime

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