Nous sommes partis à la recherche de la parole des anciennes hardeuses, pornstar afin qu’elles nous en apprennent plus sur cette industrie qui fait tant fantasmer.

 

« L’érotisme est souvent la pornographie de la veille. C’est un sac vide dans lequel chacun entasse ce qu’il veut – parfois son rêve et parfois son dégoût –, compte tenu de sa culture, de sa classe sociale, de l’éducation qu’il a subie, de ses fantasmes. Lewis Carroll a inventé le mot valise. Le mot « pornographie » pourrait passer pour un « mot poubelle » chargé de recueillir tout ce que, de l’érotisme, de la sexualité ou de la volupté, on refuse ou convoite. Robbe-Grillet résume cela par sa formule : « La pornographie, c’est l’érotisme des autres. » Et l’on pourrait ajouter cette nuance : « Dis-moi ce que tu tiens pour pornographique et je te dirai qui tu es. » »

Encyclopedia Universalis

A ma grande surprise, les anciennes pornostar sont un petit peu partout: sur les plateaux télé pour témoigner, à la radio, en reportage. Signe d’un intérêt du public quant à leur histoires; leur coup de gueules et leur conditions.

Les pornostar ne sont pas des étoiles que l’on adule publiquement. Elles défoulent les passions, menacées de mort, violentées, marginales et délaissées des mouvements politiques et féministes. Or, bonheur de constater que depuis quelques années un intérêt international a lieu envers l’industrie pornographique et son devenir.

Nous sommes donc partis à la recherche des récits des anciennes actrices x, celles qui se sont reconverties et qui ont témoigné leur expériences passées sur les réseaux et à visage découvert. Nous avons à notre tour levé les yeux et entendu leur appels de secours quant aux violences subies et découvert une industrie pornographique au bord de l’asphyxie.

Bref histoire de la pornographie

La pornographie existerait depuis l’antiquité. Les premières photos à caractère pornographique apparaissent en 1849. Avec l’apparition du cinéma au XX ème siècle, le porno se répand sur grand écran et les premiers cinéma x apparaissent en Suède. Le pornochic apparait aux Etats-Unis dans les années 70 et lance le porno comme nous l’entendons aujourd’hui: un scénario, des actrices sous couvert de pseudonymes, une mise en scène. La révolution numérique entraine un bouleversement de l’industrie pornographique en proposant une individualisation et un anonymat derrière la consommation pornographique. La consommation de pornographie n’a jamais été aussi haute. Nous parlerions même de plus d’un milliard de vidéos pornographiques vues par an.

 

Le métier d’hardeuse

Etre pornstar ou hardeuse signifie être monnayée pour avoir des rapports sexuels filmés et commercialisés. Le métier de pornstar est totalement légal en France. Les hardeuses sont des actrices comme les autres. Elles suivent un scénario et des grandes maisons de production en ont fait leur fond de commerce (Marc Dorcel pour ne citée que celle-ci)

Les pornstars signent des contrats de travail dans lesquels elles vendent leur images et leurs droits aux maisons de production. Les pornstar sont des acteurs et le porno n’est qu’une fiction au but de nous faire fantasmer. Les rapports sexuels qui ont lieu dans les films porno ne correspondent en rien à la sexualité.

On en fait pas le métier de pornstar toute sa vie (même si cela est possible) mais vivre de son corps ad vitam eternam ne concerne pas la majorité des pornstars. La reconversion après avoir été pornstar (professionnel ou amateur) se dit le rhabillage.

Porter ce stigmate n’est pas chose aisée et demande de la résilience et de la patience. Pourquoi insulter une femme qui a été un objet de fantasme ? Nous vous présentons ci-dessous une interview de Nikita Bellucci qui témoigne de la brutalité alarmante du rhabillage. 

Lors du rhabillage les anciennes actrices x sont victimes de discriminations à l’embauche et de licenciements sans motifs. Les anciennes actrices x se font régulièrement et quotidiennement insultées, harcelées. Elles portent le stigmate d’avoir été objet de fantasme pendant des années.

Ovidie et Raffaêëa Anderson

Ovidie (la réalisatrice de « rhabillage », réalisatrice de films pornographiques, auteure et journaliste d’investigation) et Raffaëla Anderson (ancienne actrice x, actrice et auteure) sont deux figures qui nous en apprennent mieux sur ce milieu assez méconnue. Raffaëla Anderson fut une des égérie du film «baise-moi » réalisé par Virginie Despentes et est également l’auteur de sa biographie, « Hard » que nous recommandons chaudement pu son écriture rythmée, sa vérité brut, hallucinante, cru. Dans cette biographie, elle relate ses débuts dans l’industrie (encore vierge), des abus qu’elle a rencontré, des violences et de son quotidien. C’est un récit d’une intimité à couper le souffle qui vous amène devant et derrière la caméra.

livre « Hard » par Raffaëla Anderson

Nous trouvons des témoignages d’actrices x (anciennes ou actuelles) sur les réseaux telle que Nomi ou bien Brigitte Lahaie qui militent et témoignent de ce qui fut leur quotidien. Cependant les actrices x restent tout de même sous-représentées médiatiquement. Avec le mouvement #metoo des actrices porno ont pris la parole afin de dénoncer le sexisme, machisme et les violences subies au quotidien. Forcé de constater que les actrices ne sont pas systématiquement écoutées ou prises au sérieux puisque les plaintes pour viols ou abus sont rares. Raffaëla Anderson de raconter dans son livre l’indifférence et de la stigmatisation qu’elle a subie de la part de la justice qui n’a pas su écouter sa voix et plainte quant au viol qu’elle a subie.

Celles qui se sont rhabillées se sont réinventées en laissant soit de côté leur double x soit se l’on approprié sous un angle nouveau. Ovidie et Raffaëla utilisent leur ancienne image et renommée dans leur nouveau métier. Raffaëla a entamée une carrière d’actrice. Malheureusement, le film « baise-moi » a été interdit pour caractère pornographique par le conseil d’état en 2000. Ovidie est toujours dans l’industrie pornographique et fait également des colloques, interview et est la figure de référence française en matière de pornographie de par son double statut de réalisatrice de films pornographiques et journaliste.

Ovidie n’est pas appréciée de tous comme le démontre Léa Lejeune dans son article datant de 18/07/2017 qui mérite que nous lui portions attention:

« Pour Ovidie, la faute revient d’abord à la piraterie et la gratuité des contenus qui ont enclenché une destruction de la valeur des productions. La quantité des vidéos tournées ou regardées a modifié profondément ce business, comme celui de la presse ou de la musique à une époque à l’heure d’Internet. »

 

Challenge article écrit par Léa Lejeune publiée le 18.01.2017

Léa Lejeune de continuer:

Faute d’avoir pu récupérer la bonne documentation ou retracer les montages fiscaux avec précision, sa thèse pèche par manque de preuves. Elle évoque simplement une petite condamnation à Atlanta visant les dirigeants et qui n’a pas eu de suite.

La paupérisation de l’industrie

Selon Ovidie le milieu de la pornographie a énormément évolué depuis son passage sur les sets. En effet, les actrices sont précarisées dans leur contrat de travail puisque leur salaire a diminué de moitié, parfois il n’y a pas de contrat du tout. Les précautions sanitaires ne sont pas systématiquement respectées et le port du préservatif n’est toujours pas obligatoire sur les plateaux. Enfin, les pratiques demandées aux actrices et acteurs sont de plus en plus extrêmes : double, triple, quadruple pénétration et sadomasochisme extrème. Le consommateur semble avide de performances sexuels que les productions de film pornographiques nomment le béaba du métier.

Ceci n’est pas sans mettre les acteurs en danger. Les violences physiques et psychologiques sont quotidiennes envers les actrices. La banalisation de la violence est chose faite dans l’industrie pornographique. Des viols sur les plateaux de tournages ont été déclarés, des abus, rapports sexuels non consentis et non préparés.  Les hardeuses ne travaillent plus dans un environnement sécurisé.

Les anciens acteurs x ne subissent pas les même obstacles quant à la reconversion contrairement à leur homologue femmes.  Les hommes anciennement pornstar sont vus comme des Don Juan, héros mais ne sont pas ou moins victimes de discrimination à l’embauche et subissent peu d’harcèlement. Comme le dit Ovidie, cela participe au fait de dire qu’il y a des « Don Juan » et des « salopes« . Rocco Siffredi fut reconnu comme le héro aux 5000 femmes et comme un père de famille classique.

Les hommes pornstar sont également victimes du milieu puisque les substances illicites telles que la cocaine et médicamenteuses sont encouragées pour encourager l’érection.

La précarité des pornostar n’a jamais été aussi haute que se soit au niveau de leur état de santé, salaires, droits et traitement physique.

L’uberisation de l’industrie

Elle dénonce également l’uberisation de cette industrie au même titre que l’industrie du disque et du livre. Les anciennes hardeuses se convertissent en devenant Camgirl.

Cette reconversion comporte néanmoins des contraintes et abus puisque les règles de courtoisies et politesses ne sont pas respectées. De plus, les camgirls sont à leur compte et reversent 70% de leur gain aux plateformes qui les connectent avec leur clients.

« En Roumanie, eldorado européen du « camporn », on recenserait près de 700 « studios ». Il s’agit de maisons, parfois d’immeubles où les filles sont logées, cornaquées, instruites des bonnes pratiques d’une camgirl et où on leur loue des chambres équipées et décorées pour leurs shows. La rémunération des filles (environ 30 centimes d’euros nets la minute pour une débutante), dont est défalquée la location de leur espace de travail, est nettement inférieure à celle de l’hébergeur (70 centimes pour la même min  »     

article de Slate le 11.01.2017

L’autre danger majeur de l’uberisation de l’industrie pornographique est ce qu’Ovidie dénonce dans son documentaire « Pornocratie » à savoir le caractère monopolistique des Tub (ces plateformes qui proposent du porno gratuitement afin de générer du traffic et vendre plus cher leur espace publicitaire). Les Tub auraient tué l’industrie du porno en aspirant une quantité de traffic jamais égalée. Les anciennes plateformes n’ont pas su se renouveler assez vite et combattre la compétition.

Jeunesse et pornographie

Une troisième question que pose les Tub est l’accès de la pornographie aux mineurs. Les disclaimers ont parfois même disparu de leur site puisque les mineurs correspondent à une quantité importante de traffic. Nous avons regardé l’enquête réalisée par l’IFOP sur la consommation de porno chez les jeunes. Voici les chiffres clef:

« Une forte hausse de la fréquentation des sites pornographiques  La moitié des adolescents âgés de 15 à 17 ans ont déjà surfé sur un site pornographique (51%).

Une consommation qui repose essentiellement sur l’offre gratuite de film X sur Internet  L’essentiel de la consommation pornographique des ados sur internet s’effectue via des sites gratuits (96%, contre 78% chez l’ensemble des Français)

Un accès à la pornographie de plus en plus précoce  A 15 ans, la moitié des adolescents interrogés ont déjà vu un film X.Ce rajeunissement de l’accès à la pornographie se retrouve aussi dans la baisse de l’âge moyen de la 1ère visite sur un site porno : 14 ans et 5 mois en 2017, contre 14 ans et 8 mois en 2013. 

Une première expérience de la pornographie jugée prématurée pour une majorité d’adolescents  En majorité, les ados considèrent eux-mêmes que cette première expérience était prématurée.

L’initiation à la pornographie : une expérience plus collective pour les filles que pour les garçons .

Le rôle important de la pornographie dans l’apprentissage de la sexualité des jeunes  Près d’un ado sur deux (45%) estime que les vidéos pornographiques qu’il a vues au cours de sa vie ont participé à l’apprentissage de sa sexualité.

Une intégration des pratiques issues de l’univers du X dans le répertoire sexuel des adolescents  Près d’un ado sur deux (45%) a tenté de reproduire des scènes vues dans des films pornographiques »

enquête de l’Ifop « les adolescents et le porno: vers une génération « youporn » » 20.03.2017

Cette étude démontre donc que la pornographie s’adresse à un public extrêmement varié, y compris des mineurs qui consomment de plus en plus jeunes à l’aide des supports gratuits proposés par les Tub de la pornographie. Ces images pornographiques ont des conséquences sur la vision du corps des femmes (qui impact l’épilation et la représentation du corps féminin), sur la vision de la sexualité en sa globalité. Ce constat a été réalisé par la seconde étude que l’IFOP a sortie.

« Mais c’est en tant que source de fantasmes et de diversification du plaisir conjugal que cette forme de production culturelle influence le plus la vie sexuelle des Français: la forme de leurs rapports mais aussi de leurs organes sexuels semblant de plus en plus influencée par les codes et les scénographies de la pornographie.
Indissociable d’un univers pornographique qui l’a popularisée ces dernières années, la
pratique de l’épilation totale des poils pubiens illustre plus que toute autre l’influence de la culture porn et notamment sa capacité à imposer ses représentations du corps aux catégories les plus jeunes de la population.
François Kraus, Directeur d’Etudes au département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’Ifop »

Ovidie pense qu’un jour les politiques se rendront compte de la situation incontrôlable et fermeront systématiquement des sites. Avant ce voir un scénario de chasse aux sorcières apocalyptique; voyons quelles sont les pistes proposées par le gouvernement:

Réponse du Secrétariat d’État, auprès du Premier ministre, chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes publiée dans le JO Sénat du 02/08/2018 – page 4020

« Le Gouvernement est mobilisé dans son entier pour lutter contre les effets néfastes de la pornographie sur les enfants. Lancé le 1er mars 2017, le Plan interministériel de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants 2017-2019 est toujours en vigueur. Sa mesure 7 vise à limiter l’accès des mineurs à la pornographie. Un groupe de travail, piloté par la direction générale de la cohésion sociale, a été chargé de proposer un plan d’actions ayant pour objectifs une meilleure protection des enfants et des adolescents dans l’univers digital et un renforcement du soutien à la parentalité numérique. La ministre des solidarités et de la santé a annoncé la mise en place d’un groupe de travail interministériel chargé de rendre effective l’interdiction d’accès des mineurs à la pornographie sur internet ainsi que la signature d’une charte d’engagements avec les professionnels du numérique pour une meilleure protection des enfants sur internet et le renforcement du soutien à la parentalité numérique. »

Exposition des mineurs à la pornographie question du Sénat à l’exécutif en date du 12/07/2018

La parole se libère donc dans l’industrie du porno. Les anciennes actrices x témoignent des traitements qu’elles subissent, les médias et journalistes s’intéressent à l’intérêt financier colossal qui marque au fer rouge cette industrie.

Seulement, hormis faire le beuz parmi les reportages choc qui sortent en salle nous ne voyons pas encore pointer un réveil politique conséquent quant à la protection à la fois des mineurs ainsi que des travailleurs du sexe.

Combien de temps faudra-t-il encore pour que les politiques soient adaptées et puissent protéger au mieux ces travailleurs et travailleuses?

Pour aller plus loin

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